Contre l’extension de la déchéance de nationalité

9 janvier 2016 | Catégorie(s) : Le mot du secrétaire de section

PournousCestNon_VDEFDepuis plusieurs semaines, suite aux propositions du Président de la République, émises dans le feu de l’action, le Parti socialiste débat de l’extension de la déchéance de nationalité. Nous ne pouvions pas en tant que responsables de cette section ne pas nous positionner.

Nous sommes opposés à l’extension de la déchéance de nationalité sous toutes ses formes.

Il n’est pas nécessaire de discuter de l’utilité de cette mesure dans la lutte contre le terrorisme. Même ses promoteurs en reconnaissent l’inefficacité et parlent de « symbole ».

Nous craignons au contraire que cette mesure accélère les fractures entre une partie de la jeunesse et les idéaux de la République en leur suggérant que certains sont moins Français que d’autres et que la République est hypocrite dans son discours égalitaire.

N’oublions pas que le but de ce nouveau djihadisme est d’importer la violence terroriste dans les pays occidentaux en s’appuyant sur des jeunes mal intégrés ou en rupture, endoctrinés et formés au combat pour provoquer des états de guerre civile. Ne facilitons pas ce processus !

Ce débat renforce et apporte du crédit au fantasme développé par l’extrême droite d’une France assiégée par l’islam parce qu’au fond ce débat stigmatise pour l’essentiel les jeunes issus de l’immigration des pays arabes. Il provoque, en retour, le sentiment pour ces jeunes de ne pas être considérés comme des « vrais Français ». Nous entrons ainsi dans un engrenage dont l’issue ne peut être que la fragmentation de la société avec toutes les conséquences néfastes qu‘elle engendre.

La solidité et la stabilité qu’apporte une Constitution et des principes fondamentaux doivent justement nous protéger de la tentation de mettre en place des solutions dictées par l’émotion du moment.

Les efforts de l’État doivent porter sur la lutte concrète contre le terrorisme: la meilleure efficacité des services de renseignement, l’augmentation des effectifs policiers, la mise en place d’une structure européenne de lutte contre le terrorisme, le travail de prévention de la radicalisation et la mise en place de structures de déradicalisation sans parler des mesures d’éducation et de lutte contre la fragilisation de notre système social. L’État ne peut pas rejeter ses propres responsabilités sur d’autres pays alors que les djihadistes ont grandi et vécu en France.

L’État ne doit pas non plus perdre son temps à porter de fausses solutions aboutissant à des reculs importants de notre État de droit au nom de l’état de l’opinion. Nous sommes les dépositaires de règles chèrement acquises par le combat de penseurs, de militants et de dirigeants politiques, souvent contre le conservatisme ambiant des sociétés de leur époque. Nous ne pouvons pas brader ces principes.

Les droits de l’homme sont une matière fragile et la moindre exception gangrène toujours à terme les droits acquis. La France a été attaquée pour les valeurs universelles qu’elle incarne à travers le monde et qu’abhorrent plus que tout les mouvances djihadistes. La réaction de la France qui est observée par les autres pays ne peut pas être la diminution des libertés et des droits.
Si nous cédons, le camp de la réaction aura gagné. Et ce d’autant plus que ce sera le fait d’un Parlement majoritairement progressiste et socialiste.

Alors nous appelons nos parlementaires à résister aux pressions et à rester fidèles aux valeurs pour lesquelles ils ont été désignés et élus.

Philippe Wehrung, secrétaire de section,
et les membres du bureau de section PS Paris 11e – Léon Blum

 

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